Questionner les choses est devenu quelque chose d’interdit. Alors que la société est de plus en plus éduquée, les gens se posent de moins en moins de questions. Ironiquement, les institutions de savoirs supérieurs sont censés stimuler la pensée critique de leurs étudiants et être catalyseur de questionnements.
Mon feeling me dit qu’autrefois, les gens avaient beaucoup à partager avec bien peu de vécu. Mon grand-père a des tas d’histoires. Pourtant, son quotidien sur la chaine de montage chez Bombardier était pas mal loin du sommet de la pyramide de Maslow. Aujourd’hui, c’est le contraire. Tout le monde a sauté en parachute, fait un roadtrip, vécu la vie étudiante à l’extérieur du pays et mangé dans la nouvelle-place-hot-sur-Mont-Royal-entre-Garnier-pis-Fabre. La capacité d’émerveillement de nos ancêtres devait découler d’une plus grande naïveté. Ça doit être pour ça que Lululemon me dit de faire quelque chose de nouveau chaque jour.
Si la vie était faite comme un problème dans un cahier spirale, notre entourage serait beaucoup plus avancé, connaissant, intéressant. Avant, le moindre événement notable était souligné et devenait anecdotique. Aujourd’hui, la moindre chose partagée dans le Cloud se doit d’être hors de l’ordinaire, voire remarquable. Devant la dictature de temporalité, la vie est construite comme un pitch d’ascenseur.
C’est dénaturant de devoir être intéressant à tous les jours, puisque le quotidien est par définition quelque chose d’ordinaire. En plus de ça, on est tous des creatures of habits, ça ne fait donc pas vraiment de sens de vouloir dépayser l’ordinaire à chaque jour.
C’est quoi la dernière affaire cool déjà? Je l’ai probablement manquée en prenant le temps d’écrire ça. Fuck.
Par ailleurs, je ne pense pas que notre socialisation exacerbée est quelque chose de si pire que ça, cela étant dit. Je crois que c’est la recherche d’approbation qui rend le processus malsain. Ça n’a pas changé ma journée que mon statut de mercredi récolte 10 “Like”. Ça m’a décroché un rictus. Ça devait être la même sorte de fierté qu’un paon doit éprouver quand un enfant encense son plumage déployé. Ou quand quelqu’un que t’admires s’esclaffe sur ta dernière blague.
Je fais mon smatt en analysant les moeurs sociales, mais ça me déçoit que Michel n’ait pas aimé mon dernier commentaire ironique OscarWildien.
Est-ce que ces “one liners” sont aussi pertinents que du Lorem Ipsum?
Vivre pleinement la « nouvelle expérience sociale », c’est un peu schizo. Non, en fait, c’est paradoxal, pas schizo. Je ne dois pas pire qu’un anti-mondialisation-anarchiste-du-Cégep-du-Vieux qui fume un pack de Player’s par jour en magasinant son prochain coat Arcteryx sur eBay.
Je pense que la meilleure chose à faire reste de vivre sa vie au feeling et d’apprécier les petites choses. Ça doit être mieux comme ça. Bon, faut que j’arrête de philosopher, le dernier “meme” Tumblr sur Arcade Fire ne se “likera” pas tout seul. Ah pis il faut que je me mette “Attending” au prochain lancement d’Urbania.
Je vais en entendre parler au bureau demain, sinon.
Vraiment intéressant comme texte. Notre surexposition à la culture du cool et de la dernière minute est peut-être du au...
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